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| Journal fondé le 17 janvier 2001 *Directeur de Publication - Publisher: Dessalines Ferdinand |
| Edition en Ligne - Voume 10 No.218 | Sommaire | Actualites | Culture | Sports | Divers | Galeries |
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Haïti-Séime : les constructions « hors normes » tuent
MIAMI -- Le tremblement de terre qui a frappé la capitale haïtienne Port-au-Prince et plusieurs villes de province le mardi 12 janvier 2010 à 4 heures 53 minutes de l'après-midi, a causé de nombreuses victimes, morts et blessés, et des dégâts matériels aussi importants. D' une intensité de 7,0 à 7,3 sur l' échelle de Richter, son épicentre était situé approximativement à 25 km de Port-au-Prince. Une douzaine de secousses secondaires de magnitude s’étalant entre 5,0 et 5,9 ont été enregistrées dans les heures qui ont suivi. Un second tremblement de terre d’une magnitude de 6,1 est survenu le 20 janvier 2010 à 6 heures 3 minutes du matin. Son hypocentre était situé à environ 59 km à l’ouest de Port-au-Prince, et à moins de 10 kilomètres sous la surface. L'Institut géologique américain avait annoncé le 24 janvier avoir enregistré 52 répliques d'une magnitude supérieure ou égale à 4,5 sur l'échelle de Richter. Le premier tremblement de terre a fait approximativement 222,500 morts, au moins 250 000 personnes blessées et 1,5 millions de sans-abri, selon les dernières estimations des autorités haïtiennes. En quelques 35 secondes cet après-midi du mardi 12 janvier, 200 000 familles ont perdu leur «maison». Les grands bâtiments se sont aussi effondrés comme des châteaux de cartes. Les structures et l’organisation de l’État haïtien ont sérieusement souffert de la catastrophe ; de très nombreux bâtiments ont également été détruits, dont le palais national, le palais des ministères, la Direction Générale des Impôts, et la Cathédrale Notre-Dame de Port-au-Prince. Pourquoi tant de morts ? On se demande pourquoi un tremblement de terre de la même amplitude fait 60 morts en Californie (Etats-Unis), et plus de 200.000 en Haïti ? Les « observateurs avisés » ont une explication partielle à cette différence choquante : en Haïti, aucun code de construction antisismique n'a été respecté dans la construction des maisons, et ce, dans une zone sismique importante : l'absence de barres de métal connectant les blocs d'habitation est la cause de leur effondrement si facile. L'échelle de Richter instaurée en 1935, nous fournit ce qu'on appelle la magnitude d'un séisme, calculée à partir de la quantité d'énergie dégagée au foyer d'une lentille : Le foyer est un point fixe par lequel passent tous les rayons lumineux venant de l'infini. Les ondes sismiques d'un séisme de magnitude 6 ont une amplitude dix fois plus grande que celles d'un séisme de magnitude 5. Dans le langage des sismologues, il y a aussi l'échelle de Mercalli, laquelle sert à classifier les séismes. Elle est subjective, fondée sur l'étendue des dégâts observés. Un séisme de magnitude 7,0 à 7,9, peut provoquer des dommages sévères dans des zones allant au-delà de 180 kilomètres à la ronde si elles sont peuplées. Il est considéré comme majeur. Des dommages légers peuvent être enregistrés chez les constructions conçues pour les zones sismiques ; importants chez les bonnes constructions ordinaires avec des effondrements possibles ; et catastrophiques chez les mauvaises constructions. Et justement ce séisme qui a frappé la capitale haïtienne s'applique au troisième et dernier scénario, car Port-au-Prince est la plus peuplée des villes du pays, dont l'aire urbaine compterait aujourd'hui près de 3 millions ; Elle comptait 150 000 habitants en 1950. Le tremblement de terre du 12 janvier 2010 est considéré comme majeur par les spécialistes, toutefois, le nombre de morts ne devait pas être aussi élevé si les autorités concernées prenaient leurs responsabilités en faisant respecter les normes de constructions comme cela se fait dans les autres pays. La vie humaine n'a pas de prix. Séimse au Chili à noter que le séisme de magnitude 8,8 qui a frappé le Chili à 3h34 du matin le week-end écoulé ( samedi 28 février ) ; son épicentre localisé en mer à 90 kilomètres de Concepcion, la deuxième ville chilienne, d'un demi-million d'habitants située à environ 500 km au sud de la capitale Santiago, a été plus violent que celui de magnitude 7 qui a dévasté Haïti le 12 janvier, coûtant la vie à au moins 230.000 personnes. Environ un millier de personnes sont mortes et jusqu'à 400.000 sinistrées, selon ce qu'avait annoncé le ministre de l'Intérieur, Edmundo Perez Yoma, dans un communiqué publié le lendemain. Dans l'agglomération de Santiago, des bretelles d'autoroutes se sont affaissées, de nombreux immeubles ont été lézardés ou déformés, mais aucun grand édifice ne s'est effondré. Un séisme de plus haute magnitude [9,0 ] peut entrainer une destruction quasi totale, des ondulations visibles à la surface du sol et des objets projetés dans les airs, selon les sismologues. Les autorités accordaient peu d’importance aux prédictions de l’Ingénieur Claude Prépetit En mars 2008, un groupe de géologues avait alerté sur un risque majeur de séisme de grande amplitude dans les deux ans à venir et certains scientifiques avaient même tenu une série de réunions en mai de la même année à ce sujet avec le gouvernement haïtien. L’Etat haïtien n'a pris la moindre mesure préventive pour éviter ce drame prévisible dans un pays où les bâtiments construits sont si fragiles qu’ils n’ont d’ailleurs même pas besoin d’un séisme pour s’effondrer : « en 2008, déjà, une école de Pétionville avait enseveli, sans aucune raison géologique, près de 90 enfants ». « Les tremblements de terre ne tuent pas. Par contre, les immeubles ne respectant pas les normes de construction, tuent », ainsi que l'affirme l'Ingénieur Claude Prépetit, celui qui avait prédit que cette catastrophe était imminente, et est devenu en l’espace d’un jour l’un des personnages les plus populaires d’Haïti. Le scientifique alertait inlassablement les autorités sur le danger de la faille qui traversait Port-au-Prince. En effet lors d'une conférence organisée par l'Alliance pour la gestion des risques et la continuité des activités (Agerca), à la salle Frank de l'hôtel Montana, le 26 mars 2009, le géologue haïtien annonçait déjà les couleurs en ces termes : « Haïti, de par sa position géographique, est menacée par plusieurs catastrophes naturelles telles que cyclone, séisme (tremblement de terre), tsunami, glissement de terrain, etc. Nous avons une saison cyclonique chaque année, toujours à la même période. Se trouvant en bordure de la plaque caraïbéenne, Haïti peut aussi être victime d'un séisme ». Il avait aussi précisé qu'Haïti a déjà été victime d'un tremblement de terre destructeur au XVIe siècle. « Et si on en a déjà connu dans le passé, souligne t-il, donc on doit s'attendre à ce qu'il se reproduise dans le futur et à n'importe quel moment. De même qu'il y avait eu de grands dégâts à l'époque, on doit s'attendre au pire aujourd'hui en raison de notre condition environnementale alarmante ». Et de continuer : « Si nous n'arrêtons pas ces constructions anarchiques, conseillait-il, nous risquons de voir Port-au-Prince se transformer en un vaste cimetière. Il faut agir sur le bâti en élaborant des plans communaux et départementaux en vue d'encourager des constructions selon les normes ». (Réf : Le spectre d'un séisme destructeur, Géralda Sainville, 26 mars 2009.). Malheureusement les autorités en place faisaient la sourde oreille. Le gouvernement haïtien n'avait pas pris les dispositions qui s'imposaient pour éviter qu'effectivement la capitale Port-au-prince devienne ce qu'elle est aujourd'hui, un vaste cimetière où sont enterrés des dizaines de milliers de morts. Des dirigeants peu soucieux des vies humaines Le laisser-aller de l'Etat haïtien à encourager les constructions anarchiques, y est pour beaucoup. Depuis des années, la presse locale et des techniciens de l'environnement n'ont pas cessé de mettre en garde les autorités contre les conséquences de ces pratiques. Les dirigeants haïtiens qui aujourd'hui versent des larmes de crocodiles et lancent des appels à la « solidarité internationale », utilisent toute sorte de phrases pour pleurer la mort de plus de 220,000 haïtiens sont en fait des complices. Dans leur stratégie populiste, ils ont accepté l'inacceptable livrant l'environnement à la destruction d'un peuple analphabète et sous-éduqué. Les politiciens haïtiens sont plus intéressés au vote au lieu de construire un pays selon les normes. Alors ils laissent le petit peuple construire où il veut. Raison : on aura besoin de ces votes dans les bidonvilles lors des élections. Ce sont ces malheureux là, n'ayant presqu'aucune capacité de réflexion politique, qui majoritairement se rendent aux urnes pour élire des maires, sénateurs et députés, aussi bien que le président. "C'est tellement inattendu, il est impossible de dresser un bilan. C'est une catastrophe qui n'a de pareil que le tremblement de terre qui avait détruit le Cap-Haïtien (la deuxième ville du pays) en 1842", avait relevé le Premier ministre Jean-Max Bellerive à l'AFP au lendemain de la catastrophe du 12 janvier. Non, Monsieur le Premier ministre, c'était annoncé depuis des années, mais vos successeurs à la Primature, aussi bien que vous l'actuel titulaire, n'avaient jugé bon de prévenir la population et de la préparer à faire face à la tragédie. Pas même des spots d'éducation et de sensibilisation à la radio. L'ancien président Jean-Bertrand Aristide exilé en Afrique du Sud depuis 2004, dans une rare apparition en public, avait tenu une conférence de presse quatre jours après la tragédie pour déclarer aux journalistes dans un hôtel près de l'aéroport de Johannesburg, que lui et sa famille étaient prêts à prendre un avion pour réjoindre Haïti pour aider le peuple haïtien de la catastrophe. C'est rigolo! Ce président Jean Bertrand Aristide était au pouvoir lorsque le professeur Eric Calais faisait part en 2002 de l'imminence d'un séisme à frapper Port-au-Prince. "Nous sommes prêts à aller aujourd'hui, demain, en tout temps pour rejoindre le peuple d'Haïti, de partager leurs souffrances, aider à reconstruire le pays, de sortir les personnes de la pauvreté, de la misère et retrouver la dignité", avait déclaré Aristide, ainsi que sa femme Mildred. Aujourd'hui Aristide veut aider les pauvres. Ah oui! L'irresponsabilité des autorités communales Dans un article intitulé « La mairie du Cap-Haitien, un exemple macabre de destruction massive », paru sous la plume de Cyrus Sibert, principal responsable de Réseau Citadelle (une agence de nouvelles en ligne basée au Cap-Haïtien), le journaliste dénonce indirectement l'irresponsabilité des autorités locales en matière d'urbanisation. Le confrère nous fait le récit suivant : Un bâtiment de 6 étages au voisinage de la Mairie : Cette construction a été interdite par l'ISPAN (Institut de sauvegarde du patrimoine national ). La propriétaire a été au bureau de l'ISPAN menacer l'inspecteur qui avait ordonné la fermeture du chantier. Selon les témoignages de M. Eddy Lubin, un cadre de l'ISPAN, il avait demandé à la justice de procéder à l'arrestation de la dame pour menace de mort sur un employé de l'ISPAN. à sa sortie du tribunal, elle avait déclaré à Monsieur Lubin que tout allait continuer. De fait, une somme a été versée à la mairie et les travaux ont continué sans difficulté. En Haïti, les autorités municipales et autres responsables ayant droit de décision sur les constructions bénéficient pour la plupart des largesses des propriétaires de maisons et de bâtiments à plusieurs étages. Il suffit à ces propriétaires de verser des pots de vin aux responsables communaux en charge des dossiers de construction pour être autorisés à ériger anarchiquement des immeubles comme bon leur semble, au grand mépris de toutes les normes architeturales. On construit n'importe quoi, n'importe comment pourvu qu'on ait de l'argent. Des maisons initialement construites pour une famille sont souvent converties en appartement de plusieurs familles, sans l'autorisation des autorités concernées. Ainsi, ils n'arrêtent pas de construire des appartements de plus de 4 étages. Refusant d'engager les services des ingénieurs et des architectes, ils se confient plutôt aux contremaîtres pour faire construire leurs maisons, hôtels et bâtiments pour abriter des magasins. Locataires, clients, voisins et passants sont ainsi exposés. Ce sont justement ces appartements qui se sont effondrés à Port-au-Prince avec des dizaines de familles. Dans un pays sans plan d'urbanisation et projet de construction de logements sociaux, ceux qui aspirent à un cadre de vie meilleur sont obligés de vivre dans ces appartements qui représentent un véritable danger pour la vie. Il faut aussi dénoncer ces haïtiens venus de la diaspora, les promoteurs et les propriétaires qui construisent à tout va, qui ne se démarquent pas non plus de cette mauvaise pratique, ceux-là même qui devraient donner le bon exemple, encourager à faire respecter les normes de construction, comme ils l'ont vu dans les pays où ils ont vécu, particulièrement aux Etats-Unis d'Amérique. La grande phobie du béton s’empare d’Haïti Depuis la catastrophe du 12 janvier, les habitants de Port-au-Prince développent une peur panique du béton. Les demeures anciennes, abritant autrefois les familles bourgeoises, faites en structure de bois, dans le plus pur style colonial, construites par les Français au début du XIX e siècle, ont bien résisté, contrairement au béton qui a fait des ravages. Le béton s’est imposé dans les années soixante, après une vague cyclonique, pour sa résistance au vent et à la pluie. Ces dernières décennies, la maison de béton est devenue une marque de réussite sociale, reléguant la tôle et le bois dans les bidonvilles de Port-au-Prince. On aurait pu croire que le béton va être disparu dans la reconstruction des maisons et bâtiments effondrés. Non, le béton jouera encore un rôle majeur, en dépit de la peur panique qu’il inspire aujourd’hui aux Haïtiens traumatisés, selon l'architecte haïtien Patrick Vieux, interrogé par Nancy Roc, journaliste de Radio Métropole. « Il faudra simplement respecter le dosage entre sable et ciment et que les bâtiments fassent enfin l’objet de calculs des résistances, » a-t-il conseillé. Port-au-Prince encore menacé Port-au-Prince reste encore menacé à tout moment par un séisme majeur, voire plus puissant que celui qui l’a dévasté ce 12 janvier, avertissent déjà les sismologues, insistant sur la nécessité de rebâtir selon des normes strictes comme en Californie ou au Japon. «Les séismes précédents dans le monde et l'histoire sismique d'Haïti nous indiquent que des tremblements de terre de grande amplitude peuvent parfois se produire (au même endroit) dans une période rapprochée», explique à l'AFP David Schwartz, un expert de l'USGS. Citant le cas de la Turquie en 1999, où deux séismes dépassant la magnitude 7 ont eu lieu à trois mois d'intervalle, David Schwartz estime que le même scénario pourrait se répéter à Port-au-Prince. «Aucun de nous ne serait surpris», ajoute le sismologue. La faille d'Enriquillo peut encore provoquer une secousse atteignant une magnitude 7,2, juge pour sa part Eric Calais, le sismologue français de l'Université Purdue, dans l'Indiana (nord des Etats-Unis). «Les séismes dans cette région ont tendance à se répéter en séquence», relève-t-il aussi, rappelant qu'au cours des trois derniers siècles, des tremblements de terre d'amplitude comparable ou supérieure à celui du 12 janvier ont secoué Haïti au moins à quatre reprises, dont ceux de 1751 et 1770 qui ont détruit Port-au-Prince. Le peuple haïtien n'est pas au bout de ses peines Le moment semble venu pour que les codes parasismiques soient strictement respectés en Haïti, spécifiquement dans les milieux à forte densité démographique pour éviter la répétition du drame du 12 janvier 2010 à Port-au-Prince où les constructions hors normes ont causé 90% des victimes. Pour Roger Bilham, géologue bien connu de l'Université de Colorado, ce sont les constructions hors normes qui ont causé cette lourde perte en vies humaines. Autant que le fameux couplet pauvreté-corruption persiste en Haïti, les citoyens ne seront pas au bout de leurs peines. Pauvreté, c'est-à-dire : ni équipement, ni infrastructure de communication élémentaires, ni personnel des services d'émergence pour aider à temps, pas d'ambulances, pas de docteurs. Et comme dans tous les autres secteurs en Haïti, une corruption omniprésente : pots-de-vin pour les permis de construire, pour l'approbation des projets, pour l'inspection. LE FLORIDIEN, 25 février 2010 Mis à jour le 3 mars 2010 ![]() _______________________________________________ . |
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