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Enlèvement suivi d'assassinat de Monique Pierre
Le commissaire Ernst Dorfeuille serait-il innocent ?


MIAMI -- Ernst Bouquet Dorfeuille, commissaire de police de la ville des Gonaïves, 152 kilomètres au nord de Port-au-Prince, est incarcéré au Pénitentier national, depuis la soirée du vendredi 5 décembre 2008, sous les chefs d’accusation de « association de malfaiteurs, enlèvement et assassinat », sur ordre du commissaire du gouvernement près du tribunal civil de Port-au-Prince, Me Manès Louis, dans le cadre de l'enquête ouverte sur la mort de sa compagne Monique Pierre.

Le responsable de la police de la Cité de l'Indépendance a été placé dans un premier temps aux arrêts, puis en garde à vue. Il a été formellement inculpé, après avoir subi un interrogatoire dense et dur de deux jours au Parquet de la capitale haïtienne. Un bon ami à lui, Ansy Coulanges, est également écroué dans le cadre de l'enquête pour faire toute la lumière sur les circonstances de l'assassinat de cette dame qui était devenue opulente dans le monde des affaires, après avoir fait de la prison aux Etats-Unis pour son implication dans le narcotrafic.

Le commissaire Dorfeuille qui vivait en union libre avec Monique Pierre avait gagné la sympathie du haut commandement de la police et des plus hautes autorités du pays immédiatement après la nouvelle de la mort de sa concubine. Le policier s'est fait apprecié pour avoir grandement contribué à pacifier la cité de l'indépendance. Selon plusieurs sources, le président de la république l'aurait même rendu visite après le drame.

Monique Pierre, 35 ans, a été enlevée à son domicile à Pétionville (Pernier 40), en banlieue de la capitale, le vendredi 28 novembre. Le lendemain, son corps sans vie a été retrouvé près du village Onaville, au morne à cabri, au nord de Port-au-Prince. Ses meurtriers lui ont logé deux balles à la tête. Le mercredi 3 décembre, le directeur de la police judiciaire (DCPJ), le commissaire divisionnaire Frants Thermilus a laissé entendre, lors d’une conférence de presse tenue à la Direction Générale de la Police Nationale, que la victime est soupçonnée d’implication dans le trafic de la drogue. Elle avait des liens plutôt étroits avec des réseaux de narcotrafiquants et que son assassinat pourrait venir de ce secteur de la drogue.

Le vent de sympathie a cessé de souffler au fil de la poursuite des investigations, car les données ne tardèrent pas à changer, pour se retouner contre Dorfeuille. Certains témoignages de policiers et révélations de proches de Monique Pierre, se faisaient de plus en plus accablants à en croire les responsables de la police judiciaire. Quatre policiers seraient entre les mains de la justice dans le cadre de cette affaire.

C'est un kidnapping très spécial. Kidnappée et assassinée sans trop longue négociation. Autre fait inahbituel: les yeux de la victime auraient été crevés. Monique a été éxécutée purement et simplement. Ce qui renforcerait davantage l'hypothèse d'un réglement de comptes entre cartels différents. Alors que la justice poursuit l'enquête sur l'assassinat de la jeune victime, les rumeurs n'ont pas manqué d'enflammer. On a entendu différentes interprétations du motif de l'enlèvement et de l'exécution de la compagne du commissaire Dorfeuille.

Les investigateurs auraient découvert au domicile de la défunte, une très grosse somme d’argent en cash (on parle de plusieurs centaines de milliers de dollars américains). Toujours selon certaines rumeurs, les kidnappeurs se seraient rendus au domicile de Monique Pierre à la recherche du commissaire Dorfeuille. Le policier aurait quitté le domicile de sa concubine environ deux heures de temps avant l'irruption des bandits. Les assaillants auraient été au courant que la victime cachait sur son toit cette colossale fortune. Ils l'auraient torturée horriblement pour la faire accepter de dévoiler où elle cache son trésor.

Après avoir appris l’enlèvement, la police, en tête le commissaire Dorfeuille lui-même, s’était lancée à la recherche de Monique Pierre. Mais les bandits ont abattu leur otage, une fois au courant de l'opération policière.

Cette grosse somme d'argent trouvée chez Monique Pierre retiendrait évidemment l'attention des investigateurs. On se demande pourquoi la victime aurait-elle eu besoin de garder autant d’argent en liquide dans sa maison ? Probablement à cause des mesures prises pour lutter contre le blanchiment. L’Unité de lutte contre la corruption (ULCC) fait bonne garde. On ne peut plus déposer de l’argent à la banque sans en identifier la source. Ni désormais aussi effectuer d’achat avec un tel argent.

Et alors, pourquoi la justice continue de garder en prison le commissaire Dorfeuille, malgré les nombreuses protestations de son avocat, Me Ephésien Joassaint, et d'une bonne partie de la population gonaïvienne ? Certaines sources bien informées répondent pour dire que le policier ne serait pas innocent dans l'affaire. Le commissaire du gouvernement près du tribunal civil de Port-au-Prince, Me Manès Louis qui n'a pas voulu faire des déclarations pour ne pas entraver l'instruction de l'affaire, a simplement confié que son job consiste à chercher partout où ils peuvent se trouver tous les individus qui pourraient avoir un lien quelconque avec cette affaire. Ce qui explique l'incarcération de Ansy Coulanges, l'ami du commissaire. C'est lui qui aurait alerté le responsable de la police des Gonaïves de l'enlèvement de sa concubine.

D'autres rumeurs font aussi croire que Ernst Bouquet Dorfeuille serait le propriétaire de cette fortune retrouvée par les investigateurs au domicile de sa compagne, et qu'il aurait été avisé par la visite des criminels. Ces derniers l'auraient promis de le liquider ainsi que les membres de sa famille pour les avoir joué un sale tour.

Cette rumeur peut être utilisée pour nuire au jeune commissaire. Mais, disons-le, «celle-ci pourrait être bien fondée ». On s'en souvient voilà quelques années, la résidence d’un ressortissant haïtien à Miami fut envahie par un gang inconnu alors qu’il n’était pas chez lui. Les assaillants exécutèrent toute la maisonnée : l’épouse et les enfants, y compris un bébé et une grand’mère qui était venue d’Haïti pour passer quelques jours de vacances avec sa fille. Tout le monde y passa. Puis avec le sang même de sa femme, ils écrivirent sur le mur un message destiné à l’époux [ Nous reprenons ici Haiti En Marche ].

C'est l'un des quatre policiers appréhendés dans le cadre de l'enquête qui aurait livré le commissaire Dorfeuille à la justice, dit-on. Cet agent du BRI [Bureau de Recherches et d’Investigation ] aurait tout raconté aux investigateurs.

Mis à jour le jeudi 18 Décembre 2008





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